La vitesse foudroyante du passé
Peut-être sied-il de commencer par la fin : au terme de l'exposition Greetings qui a eu lieu du 9 septembre au 9 octobre 2011 à l'Eglise St-Etienne à Beaugency (Loiret), l'ensemble des images ont été repliées et confinées dans deux capsules temporelles, abritées dans l'enceinte de l'Hôtel de Ville de Beaugency. Placées sous la garde des autorités publiques, elles ne seront ouvertes que dans cinquante ans.
Ce geste, qui vise à créer de l’archive à partir du temps présent, tient dans ce travail une place fondamentale. Par cette opération, qui prolonge le fonctionnement du dispositif photographique – transformer, sur l’instant, le présent en passé – ces images, dérobées au regard, se trouvent, de facto, à la fois constituées en traces d’un passé révolu et élevées au rang de documents, à valeur informative sur ce passé. Quoi qu’il arrive, et quoi que ces images représentent, elles seront, dans un demi-siècle, par leur existence et par les signes qu’elles portent, des documents sur le Beaugency de ce jeune siècle. Ceux qui, alors, les regarderont, le feront à la manière, complexe, dont nous recevons aujourd’hui les photographies ou les films des années soixante ou soixante-dix : certes, comme des oeuvres à part entière, mais aussi comme éléments d’information – plus ou moins délibérés – sur la société de l’époque : modes vestimentaires, architecture, répartition urbaine, corps de métiers. Justement, c’est cette capacité de l’image photographique à faire document d’une manière ou d’une autre, même à son corps défendant, que questionne et avec laquelle joue Alan Eglinton, bien conscient de la propension de la photographie à renseigner à la fois en surface et en creux. En surface avec ce que ces photographies montrent de signes visibles, en creux avec toutes les informations véhiculées par le contexte de leur création et de leur diffusion.
The lightening speed of the past
Maybe it's best to start from the end : at the closing of the Greetings show which took place in the St-Etienne church in Beaugency (Loiret, France) from September 9 to October 9 2011, the whole of the pictures were folded up and put into two time capsules. These receptacles are currently stored in the Beaugency town hall and will be opened in fifty year’s time. This gesture aims to make an archival work from the present and has a fundamental role in this project. It acts as an extension of the photographic device - instantaneously transforming the present into the past – and these hidden images are de facto both established as traces of the past and as documents with an informative value on this past. Whatever happens and whatever these pictures represent, due to their existence and to the signs they bear, in half a century they will be documents on the Beaugency of the beginning of this century. Those who will look at them will do so in the same complex way as we receive nowadays the photos and films of the sixties or seventies; of course as full-fledged works but also as more or less deliberate elements of information on the society of that era (fashions, architecture, urban distribution, trades). Indeed, it’s unwillingly one of photography’s capacities to create a document one way or the other that Alan Eglinton questions and plays with, being fully conscious of photography’s propensity of informing both on the surface and implicitly. On the surface with the visible signs these photographs depict and implicitly with all the information conveyed by the context of their creation and distribution.
- Pascal Amoyel
ALAN EGLINTON
Greetings
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